Le mur NFC de l’iPhone se fissure, mais Apple Pay garde l’avantage
Le Royaume-Uni veut ouvrir l’iPhone aux portefeuilles concurrents, mais des frais d’accès réduits ne suffiront pas à créer de la concurrence sans services réellement utiles.
Photo : European Commission / Wikimedia Commons (CC BY 4.0)
Le contrôle exercé par Apple sur les paiements par iPhone fait enfin face à une véritable remise en cause structurelle. L’autorité britannique de la concurrence et des marchés (CMA) veut que les prestataires de paiement concurrents bénéficient d’un accès élargi à la technologie sans contact de l’iPhone et que les utilisateurs puissent choisir une alternative à Apple Pay comme portefeuille par défaut. Cela pourrait affaiblir l’un des principaux avantages de l’écosystème Apple. Mais ouvrir la porte ne revient pas à convaincre qui que ce soit de la franchir.
La CMA a lancé une consultation le 20 octobre 2026, en proposant un accès au NFC de l’iPhone selon des conditions équitables, raisonnables, transparentes et non discriminatoires. Les réponses sont attendues d’ici au 17 novembre 2026. Le régulateur affirme que cette évolution devrait entraîner des « frais d’accès nettement inférieurs », comme le rapporte Reuters. Apple devrait contester ces propositions devant la justice.
Le véritable avantage d’Apple ne se limite pas à la puce NFC
La version simplifiée de ce conflit est facile à comprendre: Apple contrôle l’accès matériel, si bien que ses concurrents ne peuvent pas utiliser un iPhone sur un terminal. C’est vrai, mais incomplet. L’avantage d’Apple vient de la combinaison entre l’accès au NFC, l’application Wallet préinstallée, le statut de service par défaut, l’intégration au système d’exploitation et des années d’habitudes chez les consommateurs.
La proposition britannique traite les deux premiers aspects. Les prestataires concurrents pourraient accéder à la fonction sans contact et les utilisateurs pourraient sélectionner un autre service de paiement par défaut. C’est important, car un portefeuille qui exige une configuration supplémentaire, le lancement manuel d’une application ou une place moins visible dans iOS part avec un sérieux handicap.
Le propre compte rendu de la CMA montre l’ampleur du sujet: la plateforme mobile d’Apple s’est vu attribuer au Royaume-Uni le statut de marché stratégique le 22 octobre 2025, pour cinq ans, en ce qui concerne le système d’exploitation, la distribution des applications et les navigateurs mobiles. Le régulateur indique que ses travaux sur le NFC ont été menés après avoir recueilli les témoignages d’acteurs de la fintech et de sociétés de services financiers sur la manière dont cet accès pourrait favoriser l’innovation. La CMA explique la procédure ici.
À notre avis, cet avantage lié à l’écosystème compte davantage que la radio elle-même. Un portefeuille concurrent peut être techniquement disponible tout en restant pratiquement invisible.
Un accès moins cher est nécessaire, mais ce n’est pas un modèle économique
La proposition s’attaque à un obstacle très concret. Le système mis en place par Apple en 2024 dans plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, permet aux sociétés de paiement d’utiliser le NFC dans le cadre d’accords commerciaux, sous réserve de conditions de sécurité et de confidentialité, ainsi que de frais associés. Les banques et les fintechs se sont également opposées à la commission de 0,15 % prélevée par Apple sur les transactions par carte de crédit effectuées via Apple Pay.
Cela donne aux concurrents une raison de se plaindre, mais pas automatiquement une raison d’investir. Construire un portefeuille exige bien davantage qu’un accès à une interface sans contact. Les prestataires ont besoin d’une proposition de valeur claire pour les consommateurs, de relations avec les émetteurs et les commerçants, de dispositifs de lutte contre la fraude, d’un service client et d’une taille suffisante pour justifier le maintien d’un produit iPhone distinct.
Le marché actuel comprend par ailleurs plusieurs types de portefeuilles. Apple Pay et Google Pay sont des portefeuilles « intermédiaires » qui tokenisent les cartes de paiement, tandis que des services comme PayPal utilisent un modèle en plusieurs étapes: les fonds sont ajoutés au portefeuille, puis transférés ultérieurement. Comme l’explique l’analyse de Bird & Bird, cette distinction influe sur la manière dont ces services se connectent aux banques, aux réseaux de cartes, aux commerçants et aux utilisateurs.
C’est pourquoi la baisse des frais pourrait donner lieu à une première vague de concurrence décevante. Si les banques se contentent de reproduire Apple Pay avec une autre icône, la plupart des utilisateurs auront peu de raisons de changer. Le produit d’Apple pourrait rester le service par défaut, non pas parce que ses concurrents sont bloqués, mais parce qu’il est suffisamment pratique.
La possibilité la plus intéressante dépasse la simple copie des cartes
L’hypothèse la plus ambitieuse est que l’ouverture des portefeuilles favorise des moyens de paiement différents, et pas seulement davantage de portefeuilles associés à des cartes. Les régulateurs britanniques et les acteurs du secteur ont évoqué les virements de compte à compte et les paiements par open banking, notamment la possibilité d’utiliser des portefeuilles numériques dans les points de vente physiques.
C’est là que cette politique pourrait devenir véritablement importante. Un portefeuille concurrent proposant un meilleur contrôle des comptes bancaires, des récompenses plus claires, des coûts réduits ou de nouvelles méthodes d’authentification des paiements donnerait aux utilisateurs une raison de le choisir. Un clone d’Apple Pay sous une autre marque, non.
Il y a toutefois un piège: les alternatives aux paiements par carte sont plus difficiles à expliquer et à standardiser. Les consommateurs comprennent le principe d’un portefeuille adossé à une carte que l’on approche d’un terminal. Ils s’intéresseront peut-être moins aux mécanismes d’une transaction de compte à compte, à moins que l’avantage ne soit immédiat et évident. La concurrence dépendra donc autant de la conception des produits que de la réglementation.
Il ne faut pas non plus écarter l’argument d’Apple sur la sécurité. L’entreprise affirme que la limitation de l’accès au NFC contribue à protéger les utilisateurs et à lutter contre la fraude. La réponse ne peut pas simplement consister à « tout ouvrir ». Le cadre équitable et non discriminatoire proposé par la CMA devra préserver des exigences sérieuses en matière de sécurité et de confidentialité, sans transformer ces exigences en nouveau droit de veto pour Apple.
Le Royaume-Uni pourrait gagner avant même l’arrivée d’un portefeuille concurrent
Le meilleur résultat ne sera pas forcément le remplacement soudain d’Apple Pay. Il pourrait s’agir d’un marché où Apple doit négocier plus sérieusement, réduire les coûts d’accès, améliorer l’interopérabilité et réagir plus vite aux innovations dans les paiements développées ailleurs.
L’Union européenne a déjà fait pression sur Apple pour que les portefeuilles tiers puissent interopérer avec le NFC de l’iPhone, tandis que le Royaume-Uni mène sa propre consultation. Cette divergence réglementaire pourrait rendre l’expérience de paiement sur iPhone moins uniforme d’un marché à l’autre, mais elle offre aussi aux prestataires plusieurs voies pour tester de nouveaux produits.
La charge revient désormais aux banques, aux fintechs et aux réseaux de paiement. S’ils veulent offrir au Royaume-Uni une alternative crédible, ils doivent construire quelque chose de meilleur, et pas seulement réclamer la même position privilégiée que celle dont Apple bénéficie aujourd’hui.
Notre verdict: la proposition de la CMA est une fissure importante dans le mur NFC d’Apple et une correction pertinente d’un goulet d’étranglement de l’écosystème. Mais les utilisateurs ne doivent pas s’attendre à voir apparaître immédiatement un concurrent d’Apple Pay. Le gagnant sera le prestataire capable de transformer cet accès en une expérience de paiement réellement plus simple, plus sûre ou plus utile. En attendant, Apple Pay devrait rester le service par défaut par simple habitude, même après l’évolution des règles.
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